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[DEJEPS] Course de radeaux pour les stagiaires DEJEPS

Course de radeaux pour des stagiaires DEJEPS DPTR
Le 30 juin a eu lieu une course de radeau sur la base de loisirs de Plein Bois. Pendant 2 jours, des stagiaires en formation DEJEPS DPTR ont construit leurs radeaux afin de participer à une course sur le canal de Nantes à Brest. Mais au fait, pourquoi une course de radeaux sur une formation DEJEPS ?



Le DEJEPS une formation à et par l’éducation populaire

Par éducation populaire, nous visons entre autres choses, des processus d’émancipation individuelle et collective. Cette émancipation vise à déconstruire, à interroger la culture dominante et les rapports de dominations et d’oppressions qui y sont liés. Il s’agit alors de chercher à s’en défaire, pour éviter de reproduire ces oppressions dans notre quotidien.

Nous insistons aussi sur cette dimension de processus : il ne suffit pas de savoir pour pouvoir. Nous pourrions illustrer avec un autre aspect travaillé également tout au long de la formation : ce n’est pas parce que je sais que je peux prendre la parole en grand groupe, que je vais pouvoir prendre la parole.
Cette nécessité de s’attacher au processus amène une place centrale à l’action dans les pratiques d’éducation populaire. Ces pratiques peuvent être nombreuses, et si on les souhaite émancipatrices, elles nécessitent d’être réfléchie et en cohérence avec nos principes.


Parmi ces pratiques, il en a une très fréquente dans nos actions : l’activité. En ALSH avec des enfants, tout comme en animation de rue avec des jeunes, ou encore lors de rencontres familles, nous savons que l’activité est une action phare, et la manions régulièrement.

Pour autant, comme toute action que nous menons, l’activité n’est pas nécessairement émancipatrice. Elle peut également reproduire des rapports de dominations habituelles dans notre société : une répartition inégale des rôles et valorisations entre initiés et non-initiés à la culture dominante, entre enfants et adultes, entre hommes et femmes, etc.


Toutes les activités ne sont pas émancipatrices

Nous observons deux tendances présentes dans le champ de l’animation, tendances reproduites par habitude, par reproduction de la culture dominante. Bien sûr, les animateur·rices qui participent à ces tendances ne le font pas par un souci d’éviter au public de s’émanciper, mais par habitude, par reproduction tacite, et n’ont souvent simplement pas pris le temps d’interroger les « ça va d’soi ».


L’école-caserne

Pour parler d’une première tendance, nous nous referons à Fernand Oury, un instituteur engagé dans la création de la pédagogie institutionnelle après la Seconde Guerre Mondiale. Pour décrire les premières années de pratiques, et ce qu’il ne souhaitait plus faire, il parlait de l’école-caserne. Il refuse d’être un « gardien d’enfants ». « Garder, faire aligner, faire taire : c’était contraire à mon éthique personnelle ».
Il cherchera donc à développer des pratiques émancipatrices, pratiques qui donneront naissance à la pédagogie institutionnelle. Il s’agit alors d’interroger les jeux de pouvoir au cœur d’une classe et de réfléchir à des institutions pour les questionner, repenser les statuts, les rôles et les fonctions en son sein.

Cette définition de « gardiens d’enfants », « garder, faire aligner, faire taire », nous sommes nombreux·ses à l’avoir vécu, dans un certain nombre de pratiques de structure d’accueil de l’enfance (ALSH, périscolaire, centre de vacances, etc.). Souvent, nous les avons reproduites par mimétisme et acculturation. Pour autant, lorsque nous prenons le temps de nous arrêter sur ces pratiques, est-ce vraiment ce que nous souhaitons être, des gardiens d’enfants ? Ou est alors la visée émancipatrice ?


Une dérive consumériste

Une deuxième tendance que nous pouvons observer, c’est la dérive consumériste. Cette dérive propose des prestations de qualité à des publics solvables exigeants, des prestations d’activités occupationnelles à des publics en difficulté, ou un mélange des deux dans le cadre des subventions attribuées à des acteurs socio-éducatifs. Cela technicise la place de l’activité, plaçant l’intervenant·e, expert·e dans son domaine, et exacerbe ainsi une division du travail entre ceux qui font l’activité, et l’animateur·rice médiateur·rice entre le public et cet·te expert·e.

Les animateur·rices se retrouvent alors à ne plus être que sur des fonctions organisationnelles, à monter des partenariats, à monter des dossiers de subvention pour rémunérer les intervenant·es. C’est par exemple le cas de centres socio-culturels, adjacent à un mur d’escalade sur lequel jouent des enfants, qui vont développer un partenariat avec un club d’escalade. Démocratiser l’accès à un sport peut être un objectif louable, mais ça n’en fait pas une action d’émancipation.


D’autres possibles ?

Pour autant, il existe d’autres manières de concevoir l’activité, de la vivre avec son public.

  • L’activité spontanée, se saisir de l’instant, de ce que l’on observe, de ce que l’on voit, de la curiosité de notre public, pour pratiquer, découvrir ensemble, ou le laisser découvrir en autonomie.
  • L’aménagement d’espaces peut aider à découvrir les champs des possibles et faciliter l’activité spontanée. Cet aménagement peut aussi offrir la liberté de pratiquer à son rythme une activité, au moment souhaité et différemment au sein du groupe.
  • Le projet d’activité, pour se donner des objectifs ambitieux, est de négocier à plusieurs, de s’organiser et d’avoir le plaisir d’aller au bout d’une démarche souvent engageante.

Bien sûr, proposer des activités fait partie du panel d’entrées dans l’activité. Il ne s’agit pas de ne plus proposer d’activité avec le risque de tomber dans la caricature de cet·te animateur·rice inactif·ve qui attend que les jeunes arrivent avec leurs propres projets et envies.

L’animateur·rice, quelque soit son public, doit pouvoir jongler avec ces différentes entrées. Tantôt proposant, tantôt accompagnant, tantôt en retrait… L’observation et l’échange avec son public doivent lui permettre d’adapter sa posture.

La création d’espace de discussions, de décisions doit aider le public à agir sur les propositions, et donc de prendre une réelle place. Toutes les situations ne permettent pas de construire l’ensemble des propositions avec son public, mais il existe toujours une possibilité de les associer, ne serait-ce qu’en prenant un temps rapide de bilan en fin d’animation de rue, en échangeant sur les prochaines activités, en rendant visible ou connu le matériel rangé dans les placards ou les régies, etc.


Pratiquer sur la formation DEJEPS pour…

Pratiquer entre stagiaires permet d’éprouver différentes manières de vivre et de faire vivre l’activité à des publics. Cette course de radeaux s’inscrit dans cet objectif. Ce n’est pas le seul temps de pratique. Nous aurons l’occasion de voir différentes formes d’entrées et de sorties de l’activité tout au long de la formation. Mais éprouver de l’activité, c’est avant tout échanger sur nos manières d’animer, de croiser nos pratiques, nos habitudes, nos difficultés et nous semble être une réelle nécessité.

Accompagner de l’activité oblige d’avoir soi-même une pratique. Il ne s’agit pas d’être expert·e, mais d’oser se lancer dans des pratiques inconnues de se tester. La fabrication de radeau est une pratique de bricolage. À travers cette activité, nous souhaitons donc que chaque stagiaire développe des compétences techniques et manuelles pour qu’iel éprouve le travail en groupe, mêlant individualités et compétences de chacun·e, et qu’iel se sente autoriser à réessayer dans un autre cadre et avec son public, quitte à se former ensemble.

Il existe donc une multitude de manières de faire vivre de l’activité. Nous en proposons une à travers le projet d’activité, car cela nous permettra d’introduire la méthodologie de projet. S’il existe de grandes différences entre un projet de radeaux et un projet d’actions que nous portons, il nous semble que les communs sont suffisants pour oser le parallèle. Les dimensions d’éducation populaire, l’évaluation des pratiques, l’adaptation des activités au regard du contexte et des contraintes, la dimension collective, etc. sont de réels points de comparaisons.

Alors, nous souhaitons que les stagiaires participent à une émancipation individuelle et collective par la mise en place de leurs projets d’actions, comme pour cette course de radeaux. Fernand Deligny nous interpellait avec cette phrase : « construire un château fort, jeu merveilleux ou travail d’esclave ? Tout est dans la manière. Nous travaillons donc, tout au long de cette année de formation, à faire de nos actions un jeu merveilleux. »




Concrètement cette course de radeau

Les stagiaires ont disposé d’un premier temps pour constituer les groupes. La seule consigne a demandé de constituer des groupes de trois personnes à minima. Un premier temps de travail a eu lieu la semaine précédente la course de radeau afin de récupérer un peu de matériels pour l’équipe de formation. Deux journées sont alors consacrées à la fabrication de radeaux.


1/ Quels critères pour gagner ?

Effectivement, il s’agit d’une course : une ligne de départ, une ligne d’arrivée. Cependant, il ne suffit pas de franchir le premier la ligne d’arrivée pour gagner. Chaque radeau participant sera noté sur 4 points : la rapidité, la solidité, l’esthétisme du radeau et l’ambiance.
Il nous a semblé important de ne pas avoir pour seul critère la rapidité. Il permet différentes manières d’entrer dans ce jeu. Ainsi, ces différents critères permettent à des personnes de jouer avec la dimension propulsion, de décoration, de chants d’encouragements, de déguisement, etc. En démultipliant les critères pour gagner cette course, nous tentons d’éviter la spécialisation de celui ou celle qui sait bien faire un radeau. Nous voulons ainsi augmenter la chance des participant·es à amener une compétence au sein des équipes.



2/ Un jury totalement subjectif

Un jury composé de 3 ou 4 personnes sera chargé d’attribuer les notes. Ce jury sera sur l’eau pendant la course. Les actions et réactions de ce jury sont imprévisibles et les goûts et les couleurs ne se discutent pas ! Voilà comment ce jury est présenté aux participant·es à la course.

Ce jury a donc deux fonctions dans le jeu :

  • Il peut intervenir pendant la course, vu qu’il est sur l’eau. Par exemple, il peut demander une inspection d’un radeau ou relancer certains radeaux sur la qualité sonore de leurs chants. Ces interventions ont pour but de réguler la course et de faire en sorte que l’ensemble des participant·es restent dans la course le plus longtemps possible. Attention à ne pas surjouer de son pouvoir au risque de briser le contrat ludique. Jouer c’est avoir le sentiment de jouer, cela nécessite la prise de plaisirs. Un jury trop interventionniste, trop centré sur un radeau peut briser ce sentiment, même si c’est pour ralentir un radeau trop victorieux. Quoi qu’il en soit, cette course reste un jeu et il y aura des gagnant·es.
  • Il attribuera à la fin le classement des radeaux prenant en compte les différentes notes. Le fait d’avoir plusieurs critères doit permettre d’amoindrir l’effet compétition lié à la course : il est fort à parier que ce ne sera pas le même radeau victorieux pour chacun des critères. L’effet compétition peut avoir du positif, amener une certaine dynamique, mesurer des stratégies différentes, etc. Mais il peut aussi apporter des aspects négatifs tels que la mise à l’écart, la non-reconnaissance de ce qui a été produit, etc. Un des enjeux pour le jury est alors de prendre les résultats avec désinvolture et fantaisie, manier l’humour. Les récompenses ne doivent pas créer d’enjeux.


    3/ Quelques règles côté participant·es :
  • le départ se fera au sol, la ligne d’arrivée nécessitera de franchir une rubalise tendue sur le canal ;
  • interdiction de saboter les radeaux pendant leurs constructions et pendant la course ;
  • aborder (au sens de monter à bord d’un autre radeau que le sien) est également interdit ;
  • pour que le franchissement de la ligne d’arrivée soit validé, il faut que l’ensemble des membres de l’équipage soit sur le radeau ;
  • le temps de fabrication est de 10 h et 12 h sur les 3 jours ;
  • le marché : une liste de souhaits de matériel a été réalisée par les stagiaires en amont, sans engagement à ce que tout soit récupéré par l’équipe. Le premier jour de la fabrication, nous organiserons une foire : chaque équipe à tour de rôle, pourra choisir un lot dans cette foire. Cela implique la possibilité de ne pas avoir tout son matériel et de devoir modifier son plan, ou d’organiser des trocs et des négociations pendant les constructions.
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