L’horreur de l’opération militaire massive d’Israël dans la bande de Gaza a durée 22 jours. Ce territoire est composé de 1.5 millions d’habitants pour 356 km² de territoire équivalant à la taille de deux département français. Le propos est avant tout de condamner toutes atteintes a l’intégrité physique morale et affective des populations civiles à l’heure où le Hamas et l’Etat d’Israel proclament respectivement leur victoire tout en décrétant chacun unilatéralement un cessez le feu intenable. Au-delà de l’émotion, n’est il pas venu le temps d’ouvrir les yeux sur un conflit où les alliances internationales et les intérêts politiques et économiques des Etats (Israël, USA, UE, France, Allemagne, Emirats Arabe Unis, Egypte, Iran, Syrie, Liban) n’ont que faire de l’ONU, du respect du droit international, des droits de l’Homme...
Les CEMEA Pays de la Loire en tant que mouvement d’éducation populaire, défenseur des valeurs universelles, s’investissent depuis de nombreuses années pour la paix au Proche Orient. Le groupe international des CEMEA pays de la Loire a favorisé l’émergence de l’association Génération Palestine 44 et accompagné ce groupe de militants dans la conceptualisation et la mise en œuvre de ses actions solidaires. Il est légitime d’interroger le sens du pourquoi et du comment de cet investissement, de cet accompagnement ? Quels sens cela peut il avoir pour ce mouvement en terme de citoyenneté active, de solidarité internationale. Quels en sont les enjeux. Mais avant de nous plonger dans ces problématiques, il faut tout d’abord expliquer ce qu’est le groupe international des cemea Pays de la Loire et quels en sont ses axes de travail.
Le groupe international comme levier de citoyenneté active
Le groupe international est composé de militantEs de l’association territoriale des CEMEA pays de la Loire. Tout comme les autres groupes d’actions et de recherches, il a vocation à conceptualiser des actions, d’expérimenter des espaces, les mettre en oeuvre puis à en diffuser les démarches, contenus et analyses. Le groupe international des Pays de la Loire a fait le choix de travailler sur 5 grands axes de travail :
- la mobilité des jeunes,
- la solidarité international avec une volonté de construire des partenariats non colonialistes
- l’éducation genrée,
- l’accompagnement des structures dans la mise en œuvre de projets internationaux
- les formations : BAFA3 Perfectionnement à l’étranger et formations professionnelles (dans le cadre du dispositif Léonardo)
C’est dans les cadres de la mobilité des jeunes et de la solidarité internationale que les CEMEA ont accompagné le collectif « des Ponts au-delà du mur » à se structurer en association Française. A la suite de quoi la jeunesse militante de France et d’Europe a poursuivit le flambeau par la création de différentes antennes locales (Paris, Lyon, Nantes, Bordeaux, Saint Etienne…) mais aussi Européenne (Genève, Bruxelles, Louvain, Turin…)
Parce que voyager sur une terre étrangère c’est découvrir un environnement, une histoire. Partir c’est s’ouvrir à la rencontre et à la différence de l’autre. Les militants de Génération Palestine ont du réfléchir leurs actions. Le choix a été fait de se rendre sur place et de témoigner à notre retour, d’agir en solidarité et en coopération avec nos partenaires en Israel et en Cisjordanie. Eux comme nous sur la base du droit international.
Partir est avant tout une question financière et de préparation à la découverte de l’altérité. Ainsi nous avons fait le choix de favoriser la mixité sociale et culturelle des participants. Pour cela, il faut communiquer, dialoguer avec tous, sans laisser de côté. Mais c’est aussi mettre en place un financement collectif permettant de faire baisser les coûts d’un voyage pour le rendre accéssible à touTES. Pour cela, les Cemea nous ont accompagné dans la mise en œuvre de dossier de financement avec des collectivités telles que le Conseil Général de Loire Atlantique...
Là bas et ici, nombreuses sont les rencontres, les témoignages, les échanges et les désaccords, les recherches bibliographiques, les conférences pour tenter de savoir, de comprendre. L’injustice est telle que refermer nos yeux est insupportable, choquant. Alors de militants présent et à l’écoute, nous devenons acteurs et actrices engagéEs dans un processus de citoyenneté. Nous agissons à notre niveau, informer et expliquer pour transformer les idées reçues, les stéréotypes et autres fausses représentations culturelles. Nous exprimons ce à quoi nous avons assisté sur place à nos élus, nos familles, nos amiEs, rapportons la parole de ceux qui vivent l’enfermement et l’oppression.
Alors quand débute l’offensive armée d’Israel, nous agissons avec nos partenaires de la plateforme des ONG pour la Palestine. Cette plateforme composée de différentes association telles que : AFPS, LDH, CIMADE…Le mouvement prend de l’ampleur, un collectif élargie de cette plateforme voit le jour, partis politiques, syndicats et d’autres associations se joignent au mouvement Nantais, c’est plus de 25 organisations qui appellent à l’arrêt des massacres à Gaza. Les militants de Génération Palestine 44 s’investissent dans une démarche citoyenne active, portée par un collectif d’organisation Laïque et Républicaine.
A ceux qui accusent ce mouvement militant d’importer le conflit en France, nous leur répondons que les tensions inter-communautaires n’ont pas attendu ces 22 jours de massacre. En effet avec près de 5 millions de musulmans (soit croyants soit issus de familles croyantes) et près de 600 000 juifs, tous citoyens de France, les tensions et les heurts sont évidents et présents. Mais quels ont été les actes politiques permettant d’apaiser les tensions, hormis le cavalier Sarkozy qui part seul sauver le proche orient, sans oublier de mettre au même niveau de barbarie des tirs de roquettes et l’invasion militaire, les bombardement, le blocus de la 5ème puissance armée mondiale. Qui fait le tampon et assure la pérennité du lien social si ce n’est ce mouvement militant qui a condamné à chacune de ses manifestations les actes racistes et les violences à l’égard des personnes et des lieux de culte de toutes confessions. Qui, permet le dialogue pour expliquer qu’il ne s’agit en rien d’un conflit religieux mais bien d’un conflit territorial et colonialiste. Qui enfin permet aux personnes d’aller au-delà de l’émotion pour se rendre sur le terrain politique qui seul peut permettre une sortie de crise par le respect du droits international.
Le groupe international en soutenant et accompagnant les militants de génération Palestine ont fait le choix d’agir de façon responsable et citoyenne plutôt que de laisser faire sous nos yeux. Nous n’avons pas la prétention de solutionner un conflit vieux de 60 ans. Mais nous agissons à notre niveau pour informer, dénoncer et témoigner de ce à quoi nous assistons. Les solutions à ce conflit existent depuis 60 ans, elles sont écrites dans les résolutions de l’ONU et dans le droit international. Nous avons ouvert les yeux et ne les refermerons pas, c’est notre choix citoyen que d’être actif et solidaire.
La solidarité internationale
Les CEMEA soutiennent le projet de Génération Palestine car il agit ici et là bas, par l’accompagnement de jeunes européens dans un double objectif d’être témoin et acteur. L’investissement des CEMEA s’est porté au niveau global du projet 3TA (Tous Témoins, Tous Acteurs) mais aussi dans la réalisation entre 2006, 2007 et 2008 des projets d’animation dans les camps de réfugiés en Cisjordanie. En effet, agir en solidarité et en coopération ne veut pas dire prêcher la bonne parole, venir en bienfaiteur, fort de son argent et de ses compétences, sous prétexte que de là où l’on vient, nos pratiques éducatives sont « plus performante ». Non, non et non. Cela s’appelle une démarche coloniale, nous ne voulons pas de cet agir là. En effet, à chaque projet nous avons fait l’effort de comprendre les pratiques de nos hôtes, pourquoi ce choix d’organisation, comment construire avec eux pour que la place de chacun des partenaires et des personnes soient respectées, pour que la rencontre, la compréhension de la différence et le dialogue soient efficient. C’est cela agir en solidarité et en coopération.
Agir en solidarité c’est d’abord découvrir les réalités de ce territoire, pour comprendre ce qu’est le réel visage de l’occupation, de la colonisation, la fierté et la détresse de ce peuple. Comment définir l’arrestation d’un Palestinien âgé de 9 ans à un checkpoint alors que nous nous rendons en bus pour une sortie à la piscine de Tulkarem. L’accompagnatrice européenne et l’accompagnateur Palestinien demandent des explications, la réponse du soldat arme au poing est cinglante, « Dingo, he is a terrorist ». Être Dingo signifie être sur la liste des personnes recherchées car dangereuse pour la sécurité d’Israël. Quel adulte responsable peut penser qu’un enfant de 9 ans est dans des pratiques terroristes. Aucun, la seule stratégie est de rester par solidarité, de ne pas bouger tant que cet enfant n’aura pas retrouver sa liberté. Des heures d’attentes pour les vérifications, puis l’enfant est relâché. Déstabiliser les civils, les personnes, est ce un objectif sécuritaire ou oppressif. Les nombreuses humiliations, brimades et arrestations de personnes Palestiniennes de toutes générations confondues, hommes, femmes, enfants, auxquelles j’ai pu assister m’ont arraché à mes derniers doutes.
Quoi que l’on pense du Hamas comme force de résistance armée et politique, l’oppression d’un peuple, l’occupation et la colonisation d’une terre ne peut engendrer que la résistance, sous toutes ses formes, pour la défense et le respect des droits de chaque peuple à s’autodéterminer.
L’objet de cet article n’est pas d’étayer, ni d’argumenter les thèses qui ont amenées au massacre de civils à Gaza, mais de les faire connaître et de les diffuser par solidarité :
- La poursuite du blocus de la bande de Gaza
- démonstration de force de l’armée israëlienne (Tsahal) afin d’affirmer son hégémonie sur la région et laver l’affront du Hezbollah pendant la guerre au Liban en 2006
- enjeux des élections israelienne du 10 fevrier,
- le contrôle de l’axe de philadelphie (tunnels),
- désarmement du Hamas,
- enjeux pour le Hamas d être reconnu comme la principale force de résistance à l occupant,
- enjeux pour le Hamas d’être reconnu comme la seule autorité politique et sécuritaire dans la bande de Gaza
- enjeux pour Israël de mettre le Hamas hors-jeux sur la scène politique internationale
- complicité de l UE en rehaussant ses accords de cooperations avec Israel contre l avis du parlement Européen courant décembre,
- complicité de l Etat français de par les accords de coopérations militaires avec Israel,
- la passation des pouvoirs aux USA entre les présidents Bush et Obama,
- la passation de la présidence française de l Europe à la présidence par la République Tchèque.
Toutefois ces thèses ne constituent pas les nœuds principaux des différents processus de paix. En effet, ceux-ci sont centrés sur la reconnaissance des frontières, la sécurité de l’Etat d’Israël, l’arrêt de l’occupation et de la colonisation en Cisjordanie, l’arrêt de l’occupation et de la colonisation en Cisjordanie et à Jerusalem-Est, le statut de Jerusalem, le retour des réfugiés, la création d’un Etat palestinien, l’eau, le mur …)
Au-delà de ses enjeux politiques, les CEMEA de part les valeurs que nous défendons chaque jour dans nos pratiques quotidiennes d’animateurs, d’éducatrices, de travailleurs sociaux, de professeurs, de formatrices…ont le devoir et la responsabilité d’agir. Parce que nous portons les valeurs humanistes et universelles qui seule garantissent le vivre ensemble, la cohésion et la solidarité. Il est cynique de se dire que l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs et de lire l’ouvrage au coin du feu. Quand s’impliquer et agir pour une cause juste demandent forces, convictions et humilités pour que tous les peuples oppressés puissent jouir des mêmes droits fondamentaux. Agir en solidarité, c’est partir sur le chemin des rencontres et des apprentissages, c’est réduire l’être humain à ce qu’il est, une personne qui a des besoins primaires : s’alimenter, se vêtir, dormir, se laver, vivre en sécurité...
Frédéric Pichard
Militant CEMEA/GP44
Quelques chiffres et commentaires
Sources :
OCHA/ONU
22 ème jour de l’opération 1334 morts (410enfants, 108 femmes, 5300 blesses) près de 250 000 déplacements dont 50 000 enfants ; destruction de 23 mosquées, 25 écoles, hôpitaux et universités ; 1500 usines
Bureau central palestiniens des statistiques
Destruction de 4000 résidences et 17000 bâtiments,immeubles
UNICEF
Pertes économique causées par l’opération militaire bande de gaza =1.9 milliards de dollars
France 24
John Holmes, Responsable des affaires humanitaires ONU « Il est raisonnable qu’une enquête soit menée sur la destruction des bâtiments des Nations Unies et des stocks entreposés. Après quoi, la question des compensations se posera. Des membres du personnel de l’ONU et des contractuels ont été tués et blessés dans cinq ou six cas », a déclaré John Holmes lors d’une interview à la radio de l’ONU depuis Gaza.
La population de la bande de Gaza est composee 80% de refugies ; 11000 prisonniers politiques dont des elus (deputes et ministre)
Le 10 novembre 1975, l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution proclamant que le « sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ».(Cette résolution a était votée par le gouvernement des USA)
Voici une liste complète de toutes les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU qu’Israël a refusé de respecter. Le nombre total de résolutions défiées par Israël s’élève à 71 (7 mars 2003)
Résolutions non respectées par Israël les 106 - 111 - 127- 162- 171- 228- 237- 242- 248- 250- 251- 252 256- 259- 262- 265- 267- 270- 271- 279- 280- 285- 298- 313 316- 317- 332- 337- 347- 427- 444- 446- 450- 452- 465- 467 468- 469- 471- 476- 478- 484- 487- 497- 498- 501- 509- 515 517- 518- 520- 573- 587- 592- 605- 607- 608- 611- 636 - 641 672- 673- 681- 694- 726- 799-1052- 1322- 1402- 1405- 1435
L’Israël n’en reste pas là :Refuse de signer le Traité de Non-prolifération des armes nucléaires (voir Résolution 487). Il est le seul pays du Moyen-Orient à ne pas l’avoir signé.