Léonardo, un stage de 14 semaines en Allemagne
Léonardo, un stage de 14 semaines en Allemagne (Hambourg)
Mars 2010
En tant que mouvement d’éducation nouvelle et d’éducation populaire, nous défendons l’idée d’une mobilité émancipatrice que nous souhaitions accompagner.
Cet accompagnement est fondé sur des conditions éducatives et des partis pris
éducatifs essentiels pour que la rencontre puisse exister (et ne pas être dans l’illusion de la rencontre).
Ce stage se construit autour de quelques principes :
- La préparation au départ. Pourquoi se préparer ? Pour l’équipe, pour le groupe, pour soi avec la prise en compte des différents états d’esprits multiples et entremêlés. Prendre conscience qu’entre l’idée et l’initiative, l’ici et l’ailleurs, l’organisation, la gestion et la préparation de soi et du groupe, chacun et chacune traverse différents états d’esprit (ouverture, repli, peur, joie...)
- Accueil et immersion. Accompagner la personne à quitter son
territoire et ses repères. Partir, voyager, se déplacer, implique des choix pédagogiques du moyen de transport. Cette transition
entre le départ et l’arrivée, cet entre-deux, entre l’ici et l’ailleurs, l’espace et le
temps du transport représentent un espace éducatif important. Prendre conscience,
pour faire un choix, du temps nécessaire à transiter, à passer de l’un à l’autre. La
transition fait partie intégrante du projet. Arriver, se poser et regarder autour de
soi. Se sentir accueilli, rentrer en relation avec l’autre, avoir envie de découvrir son
environnement, se laisser guider mais aussi découvrir seul. Se poser la question de ce qu’on propose de découvrir aux autres. L’immersion multiple et entremêlée, par la découverte de différents milieux (humains, géographiques, etc....), par la rencontre avec des repères et des fonctionnements sociaux nouveaux, par l’aventure, la prise de risque sur des découvertes, des décodages, des décryptages qui sont en perpétuelles interactions.
- La prise en compte de l’environnement. L’appréhension et de décodage des fonctionnements sociaux : l’histoire, l’architecture qui influent sur le rapport à l’espace, sur le rapport individu/collectif, le contexte politique
- Les représentations. Chacun a une vision de la réalité
qui est construite par sa formation, son expérience, ses rencontres, son
environnement, les médias, etc.... ; des facteurs qui sont choisis ou subis. Notre
regard sur soi et sur l’autre est toujours influencé par les fonctionnements sociaux de chaque pays et par l’environnement familial, éducatif et culturel. Apprendre à nuancer et à complexifier passe par le questionnement et demande de lutter contre une tendance naturelle à généraliser et ordonner pour comprendre.Prendre conscience de ses propres modèles de pensées, apprendre à voir et à
décoder. Apprendre à déconstruire pour construire autrement. D’où la nécessité
d’une pédagogie du questionnement et de la complexification.
- La langue. Langue et culture sont fondatrices l’une de l’autre. On pense avec des mots et les langues sont des révélateurs des fonctionnements sociaux. Par exemple, pour quelque chose qui est important dans la vie des groupes humains, prendre une décision, en français : « on prend une décision ». En anglais
« to make decision », on la fabrique. Et en allemand « Eine entscheidung treffen », on la rencontre. Ce ne sont pas seulement des mots, c’est la description d’habitudes sociales des groupes humains.Les CEMEA réaffirment la nécessité de prendre en compte la langue pour :
- Communiquer avec l’autre, pour établir un premier contact, une relation.
- Traduire, interpréter, transférer une pensée d’un contexte à un autre. Passer
et transmettre une pensée : traduction et interprétation, qui implique une modification et une transformation. - Découvrir le milieu de l’autre et donc ses fonctionnements sociaux.
- S’enrichir à d’autres modèles de pensées : langue comme source de
créativité. Parler une autre langue, c’est aussi penser autrement, découvrir d’autres
mots et concepts qui peuvent enrichir notre façon de penser.
- Le retour, la séparation et les effets d’après-coups. Les CEMEA donnent une attention particulière au retour :
- Apprendre à dire « Au revoir » aux personnes, aux lieux et se séparer de
cet espace et de ce temps vécu. C’est la sortie d’un nouveau territoire appréhendé,
apprivoisé, idéalisé, rejeté, etc... - P r e n d r e en compte la transition, dans l’autre sens. La langue : cet entre deux, ce risque de rupture. La transition n’est pas la fin du projet. Redécouvrir le milieu connu, le revisiter, se réadapter. Revenir implique de défaire et de détricoter.
- Se « mémorer » et mutualiser. C’est permettre à la personne de raconter, de
partager ou de préserver et d’attendre. - Pérenniser et mettre en perspective. Apprendre, selon son statut, à mutualiser
et se réapproprier collectivement une expérience individuelle. La trace et le partage d’expériences sont importants.
